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Faut-il mentir pour être élu ?

23.02.2022 – Par Adrien Tallent

Aujourd’hui, il est commun de considérer qu’une personnalité politique ment et trahit ses électeurs en ne faisant pas ce qu’elle avait promis afin de se faire élire. « Mon ennemi c’est la finance ». A l’approche de l’élection présidentielle, les divers candidats déclarés rivalisent de propositions, de promesses, dans une forme de surenchère. Dès lors, la question se pose : faut-il mentir pour être élu ? 

DÉMAGOGIE

« La démocratie est un pouvoir d’ignorants qui écoutent et sont dupés par les ignorants que sont les orateurs »

Platon


La démocratie est certes le pouvoir du peuple mais le peuple est aussi facilement manipulable notamment par le démagogue. Cette limite de la démocratie avait déjà été critiquée par Platon dans l’Antiquité. Pour lui, le problème principal de la démocratie est qu’elle est fondée sur la flatterie. Dès lors le démagogue promet des choses qu’il sait ne sont pas réalisables mais le problème est que le peuple ne sait pas qu’elles ne sont pas réalisables, comme lorsqu’on annonce que la finance est son ennemi avant de nommer ministre de l’économie un ancien banquier de la banque Rothschild. Le candidat démagogue, identifié par Platon comme un sophiste (c’est-à-dire comme quelqu’un qui ne s’embarrasse pas de la vérité mais qui ne cherche qu’à produire un effet chez son interlocuteur), flatte les plus bas instincts du peuple en rabaissant la vérité au monde des apparences. De plus, la présence de multiples candidats entraîne une surenchère de promesses qui ne laisse pas de place à la rationalité.  

Pour Platon, la démocratie est un régime de la parole dans lequel la vérité dépend moins d’une connaissance de la réalité que d’une capacité à convaincre, à imposer ses opinions par l’art du discours. La meilleure opinion n’est dès lors pas la plus vraie mais la plus convaincante. Celui qui détient l’art de convaincre, détient aussi le pouvoir. Les lois ne sont que des conventions qui reflètent l’opinion du plus grand nombre. Et surtout la démocratie devient rapidement une tyrannie de l’opinion, traduction politique du « relativisme » des sophistes (la connaissance est relative aux opinions subjectives de chacun). La multitude ne peut pas bien gouverner, car elle ne peut pas voir avec discernement le bien commun, et ne cherche que son intérêt individuel. Le peuple confond l’opinion la plus répandue avec la meilleure. Il est dès lors manipulé par des démagogues.

« Les orateurs n'agissent-ils pas en faveur de leur intérêt privé sans faire aucun cas de l’intérêt public ? Ne traitent-ils pas le peuple comme on traite des enfants, en essayant seulement de leur faire plaisir sans s’occuper de savoir si après ils seront meilleurs ou pires ? »

Platon, Gorgias


Dès lors, la démocratie peut mener à dictature. Le cas le plus célèbre est évidemment celui d’Adolf Hitler, élu démocratiquement à la tête de l’Allemagne en 1933. Il avait utilisé la misère des allemands à l’époque très durement touchés par la crise des années 1930.Puis, après avoir organisé l’incendie du Reichstag, il s’est octroyé les pouvoirs extraordinaires plongeant l’Allemagne dans la dictature et le monde dans la guerre et le génocide.

Au XXe/XXIe un nouveau mot émerge pour qualifier un certain type de démagogie : le populisme. 

FAKE NEWS

« Une idée fausse, mais claire et précise, aura toujours plus de puissance dans le monde qu’une idée vraie, mais complexe. »

Alexis de Tocqueville


Désormais à l’heure des fameuses Fake News tromper le peuple n’a jamais été aussi simple si bien que l'on dit souvent que ce sont les Fake News qui ont notamment fait élire Donald Trump ou encouragé le vote en faveur du Brexit. 

Ces Fake News sont d’une efficacité terrible, elles savent excellemment bien se servir des algorithmes de mise en valeur des réseaux sociaux – médias eux-mêmes – et target une audience très précise qui ne demande qu’à croire ces informations frauduleuses. Nous vivons alors dans un paradoxe, celui d’être simultanément dans l’époque de l’information à outrance et tout à la fois du complotisme. Ce sont sans doute les deux faces d’une même pièce. 

LE MEILLEUR DES SYSTÈMES

Mais alors y-aurait-il un meilleur système que la démocratie ?

Sur l’Agora, du temps de Platon, de nombreux orateurs profitaient du regroupement de la masse pour user de leur pouvoir rhétorique pour influencer, voire manipuler, les décisions populaires. C’est ce que Platon dénonça comme le règne de la démagogie : pour lui, la démocratie laisse le champ libre au pouvoir de persuasion des sophistes et est donc l’occasion pour les beaux parleurs de faire valoir leur intérêt personnel au détriment de l’intérêt commun. C’est ainsi que de nombreuses décisions se sont jouées suite aux discours des orateurs en dépit de toute rationalité, de toute logique. Platon milite alors pour changer la démocratie pour un régime oligarchique des philosophes-rois c’est-à-dire des hommes qui travaillent pour le bien commun et suffisamment instruits pour échapper aux flatteries des orateurs. Mais cette vision de Platon pose le problème plus actuel du pouvoir conféré à la technocratie… Inévitablement, le manque d’élection induit la confiscation du pouvoir qui ne profiterait dès lors qu’à certains.

Si les électeurs peuvent être manipulés par les mensonges du démagogue, il faut se dire que tout régime non-démocratique se fonde nécessairement sur le mensonge. 

«La démocratie est le pire des systèmes, à l'exclusion de tous les autres.» 

Winston Churchill    


Finalement, malgré ses défauts, la démocratie reste de loin le meilleur des systèmes, le seul qui puisse donner réellement la parole au peuple dans son ensemble, qui, par l’intermédiaire de l’élection, se gouverne lui-même. La démocratie est le produit de la volonté générale. Défendue par Rousseau dans Du Contrat social, la volonté générale peut seule diriger les forces de l’Etat et son but est le bien commun. L’établissement du contrat social est dès lors l’association de tous avec tous pour être libre. 

La démocratie est la liberté. Pourtant, la démocratie recule dans le monde. Dans son rapport annuel sur l’état de la démocratie dans le monde, The Economist annonce que la démocratie a encore reculé en 2021 pour atteindre son plus bas niveau historique. Désormais, seul 6,5% de la population mondiale vit dans une démocratie complète alors que 37% vit dans un régime autoritaire. Les Français, eux, font partie des 39% qui vivent dans une démocratie imparfaite. 

Dans le même temps, un sondage réalisé en 2019 dans 42 pays montre que 38% des moins de 35 ans interrogés seraient prêts à voir un homme fort diriger leur pays. 

Avant de crier à la fin de la démocratie, peut-être pouvons-nous chercher à la faire mieux fonctionner. Mais, encore faut-il se rendre compte de la chance que nous avons de vivre en démocratie…


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